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Nouvelles Routes de la Soie : 3 questions à Barthélémy Courmont →

Aujourd’hui, quels sont les principaux contre-projets des Nouvelles Routes de la Soie ? Sont-ils comparables ? Quelle est leur raison d’être ?

Barthélémy Courmont : Plusieurs puissances ont communiqué sur la mise en place de dispositifs visant à les concurrencer, ou du moins à proposer une alternative aux projets chinois. Rex Tillerson, alors Secrétaire d’État américain, avait ainsi énoncé en septembre 2017 une initiative américaine, mais dont l’enveloppe budgétaire ne se chiffrait qu’en centaines de millions de dollars, très loin de la force de frappe chinoise.

Le Japon et son Premier ministre, Abe Shinzo, a lui aussi choisi de se tourner vers des projets alternatifs, en renforçant ses investissements dans des régions stratégiques comme l’Asie du Sud-est, ou en faisant renaître le traité transpacifique, abandonné par Donald Trump au début de son mandat. L’Inde a manifesté son intérêt pour des projets alternatifs, faisant ainsi germer l’idée d’un « front » indo-pacifique, dans lequel certains pays européens, la France en tête, semble s’être engagés. Mais ce front reste très fragile, d’une part parce qu’il est instable (l’Inde est membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai par exemple) et parce qu’il n’a pas défini d’objectifs précis.

Comment se traduit la politique du « gagnant-gagnant » au sein des relations sino-européennes ?

Barthélémy Courmont : Le principe gagnant-gagnant n’est pas simplement un slogan, puisqu’il ne faut exclure le fait que les investissements chinois produisent des richesses et assurent le développement des économies. Les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) sont d’ailleurs le meilleur exemple sur ce point, puisqu’ils mettent en avant les vertus des investissements chinois dans des économies qui restent fragiles, et que la conjoncture européenne n’est pas parvenue à protéger. Il suppose cependant un nouveau paradigme dans la relation avec la Chine, traditionnellement perçue comme le destinataire des investissements.

Ce renversement des rôles suscite des inquiétudes, parfois des fantasmes, mais il modifie surtout le rapport des pays européens à la Chine, au risque de provoquer des situations de dépendance. Par ailleurs, et compte-tenu des différences de perceptions des avantages de la présence grandissante de la Chine en Europe parmi les membres de l’UE, le risque est grand de voir apparaître des divisions, rendant de fait impossible la formulation d’une politique chinoise à Bruxelles.

Le projet BRI rencontre-il de l’opposition au sein même du PCC ?

Barthélémy Courmont : Bien sûr. Il serait illusoire de considérer que ce projet, qui génère des centaines de milliards de dollars avec des retombées qui restent non assurées fait l’unanimité au sein de la classe dirigeante chinoise. Il s’agit d’un pari, nécessaire et même indispensable pour le développement des provinces enclavées et le maintient d’une croissance économique soutenue, par ailleurs porteur de grands espoirs en termes de recomposition d’une grammaire des relations internationales au centre de laquelle se placerait la Chine.

Mais les risques demeurent de voir ces investissements ne pas se transformer en bénéfices, fussent-ils gagnant-gagnant. Les risques sont grands aussi de voir l’image de la Chine en pâtir plutôt qu’en bénéficier, d’autant que ce pays n’a pas de tradition d’engagement sur la scène internationale à ce niveau.

Enfin, diront les néo-maoïstes, ces projets trahissent le modèle chinois, et ne seraient qu’une occidentalisation des pratiques de Pékin. En clair, il y a des résistances, et c’est à l’aune des succès des Nouvelles Routes de la Soie que l’État-parti pourra dresser un bilan.

 


Retrouvez Barthélémy Courmont, Directeur de recherche Asie – IRIS, le 22 octobre, à l’Auditorium de l’ICP.

Inscription :
https://conference-nouvelles-routes-soie.eventbrite.fr/

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