Il y a des échanges qui marquent moins par les réponses qu’ils apportent que par les questions qu’ils ouvrent.

Lors de la table ronde « 𝗟𝗲𝘀 𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗻𝘁, 𝗱𝗶𝗿𝗶𝗴𝗲𝗿 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹’𝗮𝗱𝘃𝗲𝗿𝘀𝗶𝘁𝗲́ 𝗲𝘁 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗳𝗮𝗰𝗲 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 », nous avons pris le temps, rare, de penser ensemble ce que signifie diriger aujourd’hui.

Un premier constat s’est imposé assez vite : nous avons sans doute vécu longtemps dans une forme d’illusion collective. Celle d’un monde stabilisé, pacifié, prévisible. Or, ce qui émerge aujourd’hui n’est pas simplement une succession de crises… mais peut-être un retour du réel, dans toute sa rugosité.

Ce réel bouscule plusieurs repères. D’abord, l’idée que nous partagerions un même monde. Nous faisons plutôt l’expérience de “mondes parallèles” : des visions, des langages, des référentiels qui ne se rencontrent plus vraiment.

Diriger, dans ce contexte, ce n’est plus seulement décider, c’est recréer des points de connexion.

Ensuite, le retour du conflit et de la force comme éléments structurants. Là où nous avions progressivement installé des logiques de négociation et de pacification, l’adversité redevient une donnée centrale, parfois même constitutive de l’environnement.

Et si l’adversité n’était pas seulement une contrainte mais une condition du vivant ?

Plusieurs interventions ont convergé vers cette idée : à trop vouloir sécuriser, normer, contrôler, nous avons aussi affaibli notre capacité à encaisser le réel. L’adversité, en ce sens, agit comme un révélateur. Elle nous oblige à sortir des schémas, à regarder le monde tel qu’il est et non tel que nous aimerions qu’il soit.

Cela change profondément la posture du dirigeant.

Diriger dans l’adversité, ce n’est plus seulement réduire les risques. C’est accepter l’incertitude comme espace de décision. C’est renoncer à l’illusion de la rationalité parfaite pour réhabiliter l’interprétation, l’intuition, et le collectif.

C’est aussi faire des choix dans le brouillard en sachant que la “bonne décision” est souvent simplement la meilleure possible à un instant donné.

Endosser ses responsabilités, c’est porter le poids, se protéger, gérer les risques. L’embrasser, c’est s’engager pleinement, ouvrir des possibles, transformer l’adversité en opportunité.

À force de tout qualifier de « crise » , nous finissons par ne plus distinguer les situations, et donc à ne plus savoir y répondre. Repenser l’adversité, c’est aussi réapprendre à nommer, à différencier, à construire des scénarios.

En sortant de cette table ronde, une conviction persiste : ce n’est pas parce qu’il y a du brouillard… qu’il n’y a plus de route. Et peut-être même que c’est dans ce brouillard que se redéfinit, aujourd’hui, le rôle du dirigeant.

Un grand merci à nos intervenants Bénédicte Chéron, Chevreul Arnaud, Jérôme Gasquet, Xavier Bertrand, Marc Grassin, les membres du Cercle Dirigeants Esprit Critique, et à nos 60 participants pour les débats et échanges qui s’en sont suivi.

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